Point de vue de Danièle Weiss, 1er Mai 2015

Les évènements du 7 et 9 Janvier 2015 ont suscité beaucoup d’émotions en France et dans le monde et continuent à alimenter des analyses dans la presse, dans des colloques ou forums. Sans vouloir prétendre à une exhaustivité, je souhaite ici reprendre certaines questions ou analyses qui nous préoccupent en tant que citoyens : comment se fait-il que certains jeunes de nos pays projettent de tuer leurs semblables, le plus souvent en service commandé, sous prétexte de blasphème ou d’une identité religieuse autre ? L’idée de conspiration judaïque, puis sioniste est présente depuis le 19e, puis le 20e. Elle a servi à alimenter les idéologies fascistes.

Actuellement, il semblerait que toutes les religions sont visées par les Djihadistes qui s’en prennent aussi aux musulmans sunnites. Ils se disent les seuls à pratiquer le « vrai islam » du prophète, aidés par le chiisme et leurs alliés. On a souvent rendu responsables la politique de la ville et l’école en France, de n’avoir pas endigué la montée de ces idéologies contraires à la république et aux droits de l’homme et du citoyen. (Voir le livre : les Territoires perdus de la République.) Pourtant cette idéologie meurtrière a pris place dans d’autres pays occidentaux. Soulignons que les départs en vue du djihad au Yémen, en Irak ou en Syrie ne touchent qu’une minorité de jeunes gens. 1500 selon les chiffres officiels en France. La plupart a été recrutée par les réseaux sociaux. Ce qui est surprenant, c’est que cela concerne toutes classes sociales et toutes religions d’origine. Alors que se passe-t-il pour que ce phénomène ne soit pas lié à une seule précarité économique et sociale ? S’agit-il d’une précarité affective, d’un isolement avec pour seul recours le dialogue sur internet ou des jeux vidéos guerriers ? On se souvient du film « Eléphant ». S’engagent-ils en révolte contre les parents, contre leur famille et leurs pères ? Sont-ils soulagés de l’angoisse par une vision totalitaire qui leur dicte ce qu’il faut penser ? On peut supposer aussi que prévaut un désir d’héroïsation, celui qui a conduit l’adolescent de tout temps, à montrer sa bravoure, accentuée dans nos sociétés où l’image a pris une telle importance. Ils sont manipulés savamment par des gourous à distance qui prennent en compte la personnalité du jeune. Des jeunes filles ont rejoint la cohorte des volontaires, soit pour rejoindre leur compagnons ou parce qu’on leur fait miroiter un beau mariage. Quand ils arrivent sur place, les candidats sont soumis à une série d’épreuves barbares pour tester leur endurance et leur soumission : viols, tortures, tabassages. Les bourreaux, auxquels ils ont à faire, souhaitent détruire leur ancienne personnalité pour en construire une neuve. On leur confisque leurs papiers, leurs téléphones, leurs passeports. Certains s’enfuient. Ceux qui sont rattrapés sont immédiatement tués.
Les attentats récents nous permettent de penser que la crise que nous vivons, dans nos démocraties néolibérales, n’est pas seulement économique. Elle concerne le politique et demande un équilibre entre sécurité de tous et respect des libertés individuelles.

Danièle Weiss